Comme tous les deux ans, le mois de juin fut le théâtre d’une grande messe du football international au grand bonheur des uns et au grand malheur des autres. Mais ce grand malheur prend parfois des proportions qui me stupéfient.

En effet, l’amour que beaucoup porte au ballon rond n’a d’égal que la haine que ses détracteurs semblent se sentir obligés de manifester. Avez-vous remarqué comme les gens qui n’aiment pas le foot utilisent toujours des mots très durs pour faire part de leur mépris ? « Mais j’en ai rien à foutre du foot ! » « Ah ouai ? Ben pourquoi tu le hurles alors ? »

Dans le grand manège du sport, dont l’argent est le moteur, c’est le football qui a décroché le pompon, du moins en Europe et particulièrement en France. On voit donc du football jusqu’à plus soif dès que l’occasion se présente que ce soit championnat de France, coupes d’Europe diverses et matchs internationaux. Quelques sports réussissent à prendre une petite part du gâteau comme la F1, le tennis ou l’athlétisme mais de façon plus ponctuelle et moins intensive. D’autres sports très spectaculaires comme le handball ou le basket, sont délaissés par les sponsors et les chaines des télévisions et voient leur visibilité pratiquement réduite à 0 en France. A noter un petit nouveau qui est en train de faire doucement son retard et qui se situe en chasse derrière le peloton de tête. Le rugby. Est-ce un véritable engouement dû à son spectacle viril et ses valeurs véhiculées de respect et de fairplay ? Ou simplement un coup commercial organisé à grand coup de retransmissions et de com’ par les sponsors qui y voit une nouvelle mine d’or ? (je me souviens avoir lu un article sur @rrêt sur images pendant la coupe du monde qui expliquait comment les médias nous persuadaient que nous aimions le rugby)

Je trouve donc ici deux débuts d’explications dans le comportement haineux des anti-foot.

D’une part, la place qu’il prend dans les médias les agace. J’essaye d’imaginer si tous les journaux d’informations commençaient par nous donner les résultats du championnat de France de curling, sport qui me laisse de glace (… oui je sors) mais qui pourtant ne provoque rien d’autre chez moi que du désintéressement. Est-ce que je finirai par me mettre à hurler ma haine du curling à qui veut l’entendre ? Éructer que ce ne sont que quatre andouilles qui balayent de la glace comme j’entends souvent dire que le foot c’est 22 cons qui courent derrière un ballon ?

C’est vrai que, comparé aux restes des nouvelles politiques et géopolitiques, le foot semble bien ridiculement anecdotique. Je comprends qu’on puisse s’offusquer de voir le foot en première page du journal alors que la hausse du pétrole passera au second plan. Quand aux fans d’autres sports qui voient leurs disciples préférées ramasser les miettes, je comprends également qu’ils enragent de voir le foot piquer la vedette. Je ne cracherais pas sur un peu de hand à la télé, rien que pour le coup de pouce financier que ça apporterait à un sport qui pédale dans la semoule au niveau des ligues et des comités, même si je ne suis pas particulièrement les résultats des équipes pro.

D’autre part, la masse d’argent circulant dans le milieu de football est toujours plus hallucinante. Les 22 cons, ils ont beau juste courir derrière un ballon, ils sont pas au SMIC. Les enchères visant à s’arracher les meilleurs joueurs ou encore les montants astronomiques des cachets publicitaires donnent des chiffres avec tellement de 0 qu’ils ne représentent rien pour des gens comme vous et moi.

La haine de nos anti-foot serait donc concentrée contre le luxe dans lequel vive ses gens à la vie qui semble facile à jouer à la baballe toute la journée ? La jalousie, mère des plus petites disputes comme des plus grands conflits est évidemment une coupable idéale. Difficile de concevoir que les joueurs de foot palpent autant pour un truc qui leurs semble si inintéressant.

J’avancerai une dernière hypothèse personnelle qui n’engage que moi. Toujours basé sur la jalousie, je me dis qu’un non amateur de foot sera finalement envieux de la joie que semble procurer le moindre match aux supporters, les manifestations de cette ferveur étant décuplées pendant les grandes compétitions et forment deux clans : ceux qui vibrent et ceux qui regardent les autres vibrer. Cela pourrait aussi expliquer comment on peut passer du dédain au mépris.

Personnellement, j’aime regarder du sport en général, certains plus que d’autres mais voir des gens se dépasser pour atteindre un objectif, réaliser des performances spectaculaires et voir la joie sur leur visage est toujours un beau spectacle. Et j’aime le foot peut être finalement plus par habitude qu’autre chose (merci papa) mais je sais que je vais prendre beaucoup de plaisir à regarder un bon match où le ballon va d’un but à l’autre, où les joueurs se donnent à fond et où il y a des buts (forcément).

Je suis souvent très à cheval sur certains trucs et mon caractère contestataire devrait me faire pencher dans le camp des anti-foot contre ce monopole qui pue le fric. Et pourtant, dans ce cas précis, j’ai juste envie de m’en foutre et de préférer ne pas voir le ver dans la pomme et croquer le côté juteux du spectacle.

Parce que finalement dans ce monde tout gris, un peu de légèreté ne fait pas de mal. Donc donnons de l’importance aux choses qui n’en ont pas pour oublier, juste un temps, les choses qui en ont. Et gardons notre haine dirigée vers ce qui est vraiment grave parce qu’entre deux attentas à Bagdad et trois enfants morts de faim en Afrique pour qui on se sent bien impuissant, les résultats du foot eux au moins ne donnent pas mal au ventre.