La vie, la mort, si proches et si éloignées, antagonistes et pourtant liées. Notre instinct de conservation animal nous fait naturellement nous accrocher désespérément à la vie. La plupart du temps sans même savoir réellement pourquoi, on veut vivre, le plus longtemps possible. Arrêter ce foutu temps qui nous tire vers la mort, irrémédiablement. Et heureusement que nous avons cet instinct de conservation sinon l’espèce humaine n’aurait jamais pu perdurer jusqu’ici. Sans lui, plus de prudence. Sans lui, plus d’évolution. La vie c’est le combat incessant contre la mort, repoussée jour après jour par chaque respiration.

La mort est donc l’ennemi invisible et pourtant palpable. Tellement présent qu’on préfère le plus possible éviter d’en parler, de peur de le provoquer. Essayez de lancer la mort comme sujet de discussion à table et vous pourrez voir regards gênés au mieux, regards alarmés au pire parce qu’on vous prendra pour un suicidaire. Non on ne parle pas de la mort et puis c’est tout.

Et je n’aborde pas le côté religieux du jugement après la mort, qui, même si il tend à disparaître avec les nouvelles générations moins portées sur la spiritualité, reste forte pour la génération la plus visée.

Alors quand un individu vient réclamer la mort, la fin de cette vie pourtant si précieuse, il est normal que les esprits s’échauffent. Horreur de cette femme qui vient refuser publiquement ce cadeau qu’est la vie, nous le jeter à la figure comme un enfant déçu un matin de Noël pour n’avoir pas eu ce qu’il voulait.

Car non, ce n’est pas ça qu’elle voulait. Mme Sébire ne voulait pas d’une vie où une maladie incurable viendrait lui enlever ses sens, son bien être, sa dignité. Alors elle a logiquement demandé le droit de rendre cette vie.

Et nous lui refusons ?

Qui sommes nous pour ainsi juger cette personne qui souffre depuis des années sans même avoir la moindre idée de ce qu’elle ressent ?

Au nom d’une morale caduque, nous nous rendons coupables de la souffrance de cette femme et de tous ces gens dont la vie ne fut pas ce merveilleux cadeau de Noël tant attendu.

Chantal Sébire

Et maintenant qu’elle a finit par être victime de son mal et obtenir le repos qu’elle convoitait tant, on s’empresse de vérifier que sa mort n’a pas transgressé les règles, que sa mort n’a pas été provoquée mais subit pour garder intacte notre si belle morale. Quelle honte.

Madame Sébire je vous dis merci pour tout, pour avoir décidé de souffrir un peu plus longtemps afin de mener ce combat si dur. D’avoir eu la force d’oublier votre sort et aller au-delà pour améliorer la reconnaissance de tous ceux qui souffrent. D’avoir été la missionnaire de la mort douce et bienfaitrice contre la vie ingrate.

Bon vent.