Il n'y a pas d'acte désintéressé. Il n'existe aucun acte qui n'attende rien en retour. L'idée même d'acte désintéressé est absurde.

Mais ! Et Mère Thérésa ? Et l'abbé Pierre ? Ne sont-ce que de vils profiteurs ? D'avides hypocrites ?

Bien sur que non.

Postulas : les relations sociales entre les individus sont des échanges. Je donne, je reçois. La quantité et la qualité ne sont pas toujours égales et chacun ne verra pas toujours la même chose de la même façon, n'en tirera pas le même profit. Certains échanges seront implicites voire involontaires.

Voilà un peu l'analyse fonctionnelle rapide du mécanisme des relations entre individus (déformation professionnelle)

Qu'est-ce qu'il en sort ? Lorsque je pose une question à quelqu'un et qu'il me répond, je reçois une information mais et mon interlocuteur ? Il reçoit ma reconnaissance quand je lui dis merci, il reçoit aussi le fruit de la position sociale d'être celui qui sait. Il se sent utile. Il se sent intéressant etc. Qui est donc le bénéficiaire de l'échange ? A priori c'est celui qui reçoit l'information qu'il cherchait. Mais dans le cas où celui qui répond est quelqu'un de timide, de peu sur de lui ou de ses connaissances sur le sujet abordé, le fait de répondre peut lui apporter un réconfort insoupçonné par son interlocuteur.

Dans cet exemple, celui qui a posé une question reçoit sa réponse sans débourser quelque rémunération que ce soit et pourtant son interlocuteur a également beaucoup reçu. Cette relation n'est donc pas désintéressée mais n'en est pas moins très saine.

Autre exemple plus concret. Dans ma famille, il y a 80% d'enseignants. Mes deux parents sont instituteurs. J'ai une espèce de fibre pédagogique, c'est plus fort que moi, je ne peux pas m'empêcher d'aider les gens quand je peux et ça se transforme souvent en cours. L'exemple le plus flagrant est le handball. Mon assez longue expérience me permet d'être capable de donner plus que quelques conseils aux joueurs débutants, je passe souvent pas mal de temps avec eux pour leur faire comprendre les raisons de tel ou tel geste, de tel ou tel mouvement, de façon à ce qu'ils en comprennent l'utilité et le retiennent mieux, voir soient capables d'en appliquer les principes dans un autre contexte. Je fais cela sans être l'entraîneur, juste parce que je sais que je détiens des informations que je peux partager. Les débutants à qui je prodigue mes conseils n'auront pas grand chose à m'apporter, mis à part un feedback sur ma façon d'expliquer.

Mais je sais que je tire du plaisir à faire ça, j'aime voir mes « élèves » tenter d'appliquer ce que je leur ai expliqué et s'améliorer au fur et à mesure. J'apprécie particulièrement lorsqu'on me remercie et que l'on me demande de nouveaux conseils.

Cette forme de relation sociale n'est pas désintéressée pour un sou mais n'en est pas pour autant malsaine. Chacun prend son du et la vie continue.

Quand on parle d'acte intéressé, on y voit par défaut une exploitation limite malhonnête d'une pauvre victime. C'est sur que ça existe mais ce n'est qu'une partie d'un tout.

On peut se demander alors à quel moment l'individu va choisir de donner gratuitement pour en apprécier la reconnaissance induite plutôt que de rechercher le meilleur profit à tirer d'une situation. A priori, ça ne paraît pas du tout naturel comme comportement et la meilleur manière de s'en apercevoir, c'est d'examiner les comportements des enfants ou des animaux.

Pour dresser un chien, il n'y a pas 36 solutions, il faut jouer avec les récompenses dès qu'il réussit quelque chose. Le chien ne fera rien s'il n'en tire pas un profit que ce soit bouffe ou caresse. Si le chien devient ensuite gentil et câlin (je serais ton coopaaaiiin .. pardon..) c'est simplement qu'il aura compris que ce comportement lui attirera les faveurs de son maître alors que pisser sur le tapis et mordre la petite nièce lui apporteront des coups de pied.

Pour un enfant c'est pareil, essayez de lui faire faire quelque chose sans lui promettre un jouet et votre patience sera mise à rude épreuve.

Bien sur, dans un cas comme dans l'autre, la sanction pourra être utilisée en complément de la récompense, surtout pour gagner du temps.

Tout ça ça a un nom, c'est l'éducation.

Si on peut vivre dans une société avec des valeurs relativement fortes de bienveillance et d'entraide, c'est parce que nous sommes éduqués, plus ou moins bien, dans ce sens.

A force d'entendre « prête ton jouet à ton frère » ou « aide le à construire ses legos », suivis de « t'es gentil », « tu peux reprendre un gâteau » et « oui tu l'auras ton power ranger », on a associé la gentillesse et l'entraide à du « bieeeen ». Et c'est pour ça que, devenu adulte, on va avoir tendance à reproduire ce schéma à une autre échelle, tout simplement parce que le cerveau l'associera au plaisir de recevoir un power ranger.

Bon c'est schématisé et simplifié (surtout parce qu'il se fait tard et que je fatigue) et on pourrait développer beaucoup de cas bien particuliers (cas du manque d'éducation, des traumatismes de l'enfance ...), mais vous voyez bien l'idée. On ne peux pas dire qu'il existe des actes désintéressées, business is business. Si vous êtes gentils, c'est simplement parce qu'on vous a formaté à l'être.

Et on peut remercier nos parents de l'avoir fait, je trouve que le monde est bien plus sympa à vivre comme ça.